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C’est une page d’histoire, longtemps restée dans l’ombre, que Lyon s’apprête à rouvrir. 132 ans après l’Exposition internationale, ouvrière et coloniale de 1894, un projet mémoriel prend forme. L’objectif ? Rappeler au grand public l’existence des « zoos humains » du Parc de la Tête d’Or, où des hommes, femmes et enfants venus d’Afrique ont été exhibés. Une initiative portée par des associations, chercheurs et enseignants, dans un contexte national de débats autour de la mémoire coloniale et de l’esclavage.
Imaginez: en 1894, au cœur du Parc de la Tête d’Or, plus de 160 personnes africaines sont présentées comme des curiosités. Les organisateurs de l’époque parlent de « village nègre » ou « village sénégalais ». Pour Alexandre Bonche, anthropologue, les Lyonnais venaient alors « vérifier ce que les manuels scolaires et les discours coloniaux racontaient sur les Africains ». Une curiosité morbide, alimentée par la prétendue « hiérarchie des races » et la justification de la colonisation. « Les gens venaient voir des gens un peu sauvages, pas très civilisés, qu’il fallait amener vers les lumières de la raison », rappelle l’expert.
Le coût humain de cette exposition fut lourd. Trois enfants naquirent sur place, et un homme, Gorgui Thiam, y trouva la mort avant d’être inhumé au cimetière de Loyasse. Pour Ya Mutualé Balumé, président du collectif Africa 50, ce silence nourrit encore incompréhensions et blessures. « Nous ne pouvons pas nous en débarrasser. Elle nous suit », insiste-t-il. Le collectif, engagé depuis 2010 sur les questions de mémoire, souhaite faire de cette histoire un levier pour renforcer la cohésion sociale.
Aline Guitard, adjointe au maire de Lyon, le confirme : cette histoire reste largement méconnue. « Très peu de gens ont conscience des exhibitions humaines qui ont eu lieu partout en France pendant plus d’un siècle ». Ces stéréotypes, hérités de l’esclavage et de la colonisation, continuent d’influencer nos représentations collectives. Ce futur objet mémoriel est donc pensé comme un outil essentiel, tant pour le grand public que pour les établissements scolaires de notre région Auvergne-Rhône-Alpes, afin de déconstruire ces préjugés et d’enseigner une histoire plus juste et complète.
Écrit par: Seb Debollivier
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