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Sur les bords de la Sélune, dans la Manche, l’ambiance est particulière la nuit. Lampes frontales vissées sur la tête et bottes aux pieds, des bénévoles et scientifiques se lancent dans une drôle de mission : écouter les poissons ! Une opération nocturne et un peu folle pour la bonne cause, à Isigny-le-Buat.
Leur cible ? La grande alose, un poisson migrateur en danger critique d’extinction, plus menacé que le panda ou l’ours blanc. Pour la repérer, l’association Seine-Normandie Migrateurs (Seinomigr) mise sur une particularité étonnante : pendant la reproduction, ce poisson produit un bruit caractéristique en surface, le fameux « bull ». « C’est comme si on tournait très vite un bâton à la surface de l’eau », explique Maxime Potier, responsable technique de Seinomigr.
Cette opération s’inscrit dans le suivi post-barrages. Après l’effacement des ouvrages de Vezins et de la Roche-qui-Boit, la Sélune a retrouvé sa liberté. L’objectif était clair : permettre aux poissons migrateurs de recoloniser leurs zones de frai historiques. Des appareils d’écoute sont donc installés pour capter ces sons nocturnes et savoir si la grande alose a bien répondu à l’appel de cette renaturation.
Comprendre où et comment la grande alose se reproduit est crucial pour sa survie. La Normandie et la Bretagne constituent aujourd’hui les derniers bastions de l’espèce. Malgré le froid et l’obscurité, l’enthousiasme est là. « Mon fils n’y croyait pas quand je lui ai dit que j’allais écouter les poissons copuler ! », confie une bénévole, amusée. Une mission essentielle, parfois insolite, pour la biodiversité normande.
Écrit par: Seb Debollivier
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