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Le 28 avril 2016, à Rennes, Jean-François Martin voyait sa vie basculer. Alors étudiant, il a été touché par un tir de LBD en marge d’une manifestation contre la loi travail. Il a perdu l’usage de son œil gauche. Dix ans plus tard, il garde la même voix posée, mais le constat reste amer : “Dans ma tête, ça fait déjà longtemps que ça fait 10 ans”.
Avec le recul, le jeune homme devenu adulte raconte un quotidien reconstruit, sans chercher à dramatiser. Il dit avoir eu du soutien, de la famille, des proches solides autour de lui. Physiquement, les séquelles restent là : tensions cervicales, douleurs à la mâchoire, gêne permanente. “J’ai eu plus de chance que d’autres victimes de violences policières”, reconnaît-il, même si le mot chance sonne forcément étrange dans son histoire.
Sur le plan judiciaire, l’affaire s’est terminée par un non-lieu confirmé par la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Angers. Les magistrats ont estimé que l’usage du lanceur de balles de défense par les policiers était proportionné, dans un contexte où ils cherchaient à faire cesser des tirs de fusée. Une conclusion que Jean-François Martin n’a jamais digérée. Il dit garder du ressentiment envers les policiers et envers la justice.
Ce qui l’inquiète aussi, aujourd’hui, c’est le regard porté sur ces drames. Pour lui, perdre un œil dans une manif est devenu presque banal. Et ça, il ne le supporte pas. À Rennes, son histoire rappelle qu’au-delà des procédures et des décisions de justice, il y a des vies abîmées, des familles touchées, et des blessures qui ne se referment jamais tout à fait.
Écrit par: Seb Debollivier
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