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La plateforme « Classés sans suite » a fait grand bruit depuis son lancement. Née dans le sillage de l’affaire Lyhanna, elle a recueilli des milliers de témoignages poignants de violences sexuelles, parfois avec les noms des agresseurs présumés. Mais cette semaine, coup de théâtre : le collectif derrière l’initiative annonce qu’il ne sera plus possible d’identifier les personnes mises en cause. Une décision qui agite les associations, avocats et magistrats.
Pourquoi ce revirement ? Le collectif est clair : « Nommer une personne dans un témoignage expose la victime à des poursuites ». Même si les faits ont été signalés aux autorités, le risque juridique est là. Clémence Andrieux, l’une des membres, dénonce cette « asymétrie » et ne veut pas exposer davantage des personnes déjà vulnérables, tout en menant ce combat pour la reconnaissance des faits.
Sur le terrain, la décision divise. Pour Anne Bouillon, avocate spécialisée dans la défense des victimes, le message est clair : « la justice, c’est dans les tribunaux ! ». Elle comprend le besoin viscéral de s’exprimer, mais insiste sur le cadre légal. Arnaud Gallais de l’association Mouv’enfants, lui-même victime d’inceste, partage cette prudence. Il a bien « balancé » un nom, mais pas d’autres, pour éviter des menaces aux victimes.
Pourtant, la mission première de « Classés sans suite » reste intacte. Il s’agit de « rendre visible l’invisible », comme le dit Clémence Andrieux. La plateforme vise à montrer l’ampleur des violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales, ainsi que les défaillances du système judiciaire. Une page blanche pour celles et ceux qui n’ont pas pu parler ou qui n’ont pas été crus, qu’ils puissent ou non nommer leurs agresseurs.
Écrit par: Seb Debollivier
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