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Ce samedi 7 février, à la médiathèque André Malraux, Bernadette Litschgi, conservatrice du pôle patrimoine et illustration des médiathèques strasbourgeoises, ne cache pas son émerveillement devant l’ouvrage. « Regardez ces petites fraises dans l’initiale, c’est fascinant », s’exclame-t-elle. Avec ses seize miniatures en couleurs vives, le manuscrit transporte son lecteur à l’époque des enluminures et de l’amour courtois. « C’est à la fois un objet de dévotion et une œuvre d’art. On reste captivé par la finesse des scènes et la richesse des couleurs », explique la conservatrice.
Le parcours de ce livre est tout aussi étonnant que son apparence. Offert à la Ville par la famille Friedel, qui le détenait depuis le XIXe siècle, il témoigne d’un destin mouvementé. « À l’origine, ces livres étaient surtout réservés aux rois », précise Bernadette Litschgi. Richement décorés, ils étaient un moyen d’afficher prestige et fortune. Au XVe siècle, leur usage s’est étendu à d’autres milieux : diocèses, notables ou bourgeois. La question de son premier propriétaire reste ouverte : « Une enquête devra être menée », ajoutent les spécialistes.
Le manuscrit a été retrouvé par hasard au XIXe siècle par Charles Friedel, caché dans une cloison de sa maison dans le Val de Villé. Cette mise à l’abri pourrait remonter à la Révolution, période de rejet de la religion catholique, où des chanoinesses auraient dissimulé le livre pour le protéger.
Des années plus tard, Philippe Friedel, ancien PDG des éditions Berger-Levrault, hérita du manuscrit. Avant son décès en 2022, il exprima le souhait que l’ouvrage soit remis à la Ville de Strasbourg, berceau de sa famille.
Autre particularité : l’identité des enlumineurs. L’image classique du moine copiste travaillant seul a évolué. Des recherches récentes montrent que des laïcs, et parfois des femmes, pouvaient participer à la création des enluminures. Les manuscrits passaient souvent de main en main, chaque atelier apportant son savoir-faire particulier.
Ce livre de 166 feuillets en parchemin révèle la minutie et le talent de ses créateurs. Comme le souligne l’historien Lorris Chevalier dans La femme au Moyen Âge (octobre 2025), certaines femmes étaient des artistes très recherchées. « L’enluminure, c’est mettre en lumière : c’est un travail qui fait rêver et émerveiller », conclut Bernadette Litschgi.
Écrit par: Jade
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